quand la saison sombre entrouvre le voile entre les mondes
SAMAIN
Copyright Gordon Veitch for Beltane Fire Society. All Rights Reserved. LA CAILLEACH
Changement d’état, nouvelle étape …
À la fin du mois d’octobre, quelque chose change dans la lumière. Les jours raccourcissent, les arbres se dépouillent, les chemins se couvrent de feuilles et le soir arrive plus tôt. La nature ne s’arrête pas vraiment, mais elle semble ralentir, comme si elle se retirait doucement vers l’intérieur.
C’est dans cette période particulière que prend place Samain, ou Samhain en irlandais, l’une des grandes fêtes saisonnières de l’ancienne tradition irlandaise. Célébrée autour du 1er novembre, avec des réjouissances dès la veille, elle marquait l’entrée dans la saison sombre, le passage vers l’hiver.
Mais Samain n’était pas une fête triste.
On se retrouvait, on mangeait, on jouait, on racontait des histoires. Les récoltes de fruits et de noix accompagnaient les festivités et certaines pratiques cherchaient même à deviner ce que réserverait l’année à venir. Le feu, les repas et les rassemblements donnaient à cette nuit une dimension profondément vivante.
Et pourtant, derrière la fête, demeurait une idée plus mystérieuse : celle d’un moment où les frontières habituelles semblaient moins nettes.
Le monde visible paraît moins fermé
Dans les traditions irlandaises, cette nuit était associée aux esprits, aux morts et à tout ce qui appartenait à l’invisible. On pensait que les défunts pouvaient revenir auprès de leur famille, tandis que certaines présences plus inquiétantes invitaient à la prudence.
Au fil du temps, une image s’est imposée pour évoquer cette période : celle d’un voile entre les mondes qui deviendrait plus fin.
Elle est belle, cette image.
Un voile ne sépare pas complètement. Il laisse passer la lumière, dessine des silhouettes, cache sans vraiment effacer. On devine quelque chose derrière lui sans toujours pouvoir le distinguer clairement.
Dans la médiumnité, cette représentation prend une résonance particulière. Certaines personnes sensibles décrivent parfois justement une impression de voilage, comme une matière légère ou une brume qui accompagne la perception d’un être situé à la lisière entre deux états.
Il ne s’agit pas forcément de quelque chose que l’on peut expliquer ou mesurer. C’est une façon de traduire une sensation, de donner une forme à ce qui, par nature, échappe aux mots ordinaires.
Samain offre alors une belle métaphore de cette frontière : présente, mais pas totalement infranchissable.
Regarder aussi les ombres du passé
L’entrée dans la saison sombre possède une autre dimension.
À mesure que l’année décline, nous sommes naturellement ramenés vers ce qui a précédé. Les souvenirs reviennent parfois plus facilement. Les absents aussi.
Les ombres de Samain ne sont donc pas nécessairement des ombres effrayantes. Elles peuvent être celles de notre histoire, des personnes qui nous ont accompagnés, des lieux que nous avons quittés ou des étapes que nous pensions avoir oubliées.
Dans beaucoup de familles, penser aux morts n’a jamais signifié cesser de vivre. Bien au contraire. Se souvenir d’une voix, d’un rire ou d’une habitude peut ramener une présence très douce au milieu d’une soirée.
Pour un médium, cette période peut naturellement résonner davantage. Mais elle rappelle aussi quelque chose d’essentiel : le lien avec ceux qui ne sont plus là ne passe pas toujours par un phénomène extraordinaire.
Il existe déjà dans la mémoire, dans les gestes transmis, dans les objets conservés et dans ces pensées qui reviennent parfois sans prévenir.
Une nuit pour célébrer et se souvenir
Samain ne doit donc pas être réduite à une nuit sombre peuplée de fantômes.
C’était aussi un moment de rassemblement. Et cette dimension festive est importante.
Lorsque l’hiver approchait, se réunir autour d’un feu, partager de la nourriture, jouer et rire permettait d’affronter ensemble les mois plus sombres. La fête donnait une place aux peurs, mais elle les entourait de lumière.
C’est peut-être ce qui reste le plus intéressant dans cette tradition.
Elle ne cherche pas à opposer la lumière et l’ombre. Elle accepte leur coexistence.
Nous avons tous nos saisons lumineuses et nos périodes plus obscures. Nous avançons avec nos souvenirs, nos absents, nos interrogations et parfois des choses que nous ne comprenons pas complètement.
Samain nous invite simplement à ne pas avoir peur de regarder cette part d’ombre.
Puis à allumer un feu.
À partager quelque chose.
À rire.
À célébrer ceux qui sont là, tout en laissant une petite place dans nos pensées à ceux qui ne le sont plus.
Peut-être est-ce cela, finalement, le véritable mystère de cette nuit : pendant quelques heures, le passé et le présent semblent marcher côte à côte.
Et derrière le voile, réel ou symbolique, la lumière continue de passer.
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